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Giacomo Girolamo Casanova, le premier européen…

Souvent, on ne voit en lui que le séducteur infatigable et impénitent. Cette image est très réductrice. A l’inverse de Don Juan, il n’était ni impénitent ni infatigable…

Penchons-nous un peu sur ce personnage hors du commun, dont la vie sort considérablement de tous les sentiers battus et rebattus par l’homo sapiens vulgaris…

Né le 2 avril 1725 à Venise, et mort le 4 juin 1798 à Dux (Royaume de Bohême, actuelle République tchèque). Il est tour à tour curé, juriste, soldat, violoniste, écrivain, voyant, mathématicien (on lui doit la première loterie), magicien (dans l'unique but d'escroquer Madame d'Urfé), espion, courtisan, diplomate, puis bibliothécaire, et surtout, il est le premier routard à avoir fréquenté toutes les cours d’Europe, à une époque ou l’on se déplaçait dans des calèches inconfortables qui ne valaient pas nos Airbus actuels – loin s’en faut.

Ses parents le destinent à une carrière dans les ordres : c’est une façon pour eux de se débarrasser d’un gamin encombrant. Son père, Gaetano, est un acteur médiocre qui trompe sa mère autant qu’il peut. Sa mère, Zanetta Farusi, est actrice et trompe son père autant qu’elle veut, c'est-à-dire beaucoup. Giacomo le Vénitien gène… (ceci n’est pas un jeu de mots). Comme tant d’autres gamins de tous pays, c’est donc principalement sa grand-mère qui l’élève.

A l’université de Padoue, il étudie la chimie, les mathématiques, la philosophie et le droit, car on envisage pour lui une brillante carrière d’avocat ecclésiastique. Il obtient un doctorat en droit civil et droit canonique.

Il reçoit la tonsure le 14 février 1740, devient abbé de l’église San Samuele, dont il est chassé pour ivresse lors d’un sermon ou ses propos, pourtant, n’ont pas dépassé sa pensée…

Recueilli par le sénateur Malipiero, celui-ci le chasse à son tour de son vaste palais lorsqu’il découvre la liaison de son protégé avec sa maîtresse Thérèse Imer.

A Rome, il entre au service du cardinal Acquaviva, mais tombe à nouveau en disgrâce après la découverte, dans sa soupente, de la fille de son professeur de français enlevée quelques jours plus tôt. Il doit abandonner la soutane qui lui allait si mal… C’est alors que Giacomo devient Casanova. Il a vingt ans.

Il s’engage dans la Marine, mais en démissionne vite, vexé de n’avoir pu obtenir le grade de Lieutenant de vaisseau.

En 1746, il devient violoniste au théâtre de Saint-Samuel, sauve le sénateur Matteo Bragadin en usant de prétendues sciences occultes. Reconnaissant, celui-ci l’adopte, le traite comme son fils et lui permet de vivre sa vie de débauche, de folie et de désordre. Trois noms communs qui, dans le cas présent, se conjuguent bien…

Commence alors sa vie d’éternel vagabond… il fait un séjour à Paris en 1750, où il est accueilli dans un cercle de comédiens italiens. Il loge chez les Balletti, séduit leur fille Manon, mais mal dégrossi, ne parvient pas à s’introduire dans les milieux aristocratiques.

Il revient à Venise en 1755, y rencontre l’abbé Bernis, libertin, académicien, futur cardinal et ambassadeur du roi de France Louis XIV. Il partage avec lui les faveurs d’une religieuse, Marina Morosini, du couvent des Anges de Murano… faveurs qui ne sont pas très catholiques, et religieusement incorrectes à cette époque, donc punissables… l’abbé Bernis décide de fuir vers la France et lui conseille de le suivre. Mais, bravache, il reste. Il n’aurait pas dû. Les inquisiteurs d’état le font arrêter pour libertinage, athéisme, occultisme, et le font enfermer en 1756 dans la célèbre prison vénitienne des Plombs.

A force de travail, de ténacité, d’inventivité, il parvient à s’évader - après quatorze mois de captivité. Il faut lire le récit qu’il fait de cette évasion dans Histoire de ma fuite : personne, jamais, ne s’était évadé de cette prison inconfortable, suffocante en été, glaciale en hiver à cause des toits en plomb – d’où le nom qui lui a été donné.

En 1757, il gagne à nouveau Paris, ou Bernis, devenu ministre, le reçoit. L’histoire rocambolesque de son évasion le rend célèbre, et lui ouvre des portes jusque-là fermées. Il lance alors la Loterie Royale dont le but est de financer l’Ecole Militaire, sans créer un nouvel impôt. Il en profite pour amasser une petite fortune, la cour des comptes n’existe pas encore et abondance de biens ne nuit pas. Et puisque les grands ruisseaux font les grandes rivières, il s’amuse à extorquer, pendant six ans, de grosses sommes d’argent à la marquise d’Urfé, riche veuve d’une étonnante crédulité. Il se fait passer pour un alchimiste initié aux sciences occultes, pour un agent secret au service du duc de Choiseul, pour un inspecteur général au service du roi de France, toujours Louis XIV… Enfermé à For l’Evêque suite à une faillite plus ou moins frauduleuse, il doit sa grâce – et sa sortie – à la marquise d’Urfé qui n’a toujours rien compris.

En 1759, il quitte Paris pour la Hollande, de nos jours 3 heures 30 de trajet par l’autoroute A1. Giacomo met sensiblement plus de temps… Puis il poursuit son chemin, parcourt l’Europe, il est reçu dans tous les salons et dans bon nombre de cours : le roi George III du Royaume Uni, le roi Frederic II de Prusse, l’impératrice Catherine II de Russie, le roi Stanislas de Pologne…

 

En 1774, après dix huit années d’exil, les inquisiteurs de Venise accordent à Giacomo l’autorisation de revenir dans sa ville natale. Il est devenu célèbre, il a bientôt cinquante ans, il est fatigué, alors il monte une troupe de théâtre et il espère vivre de ses écrits, sans plus s’éloigner. Les voyages effectués dans des conditions, on l’a vu, inconfortables, il commence à en payer le prix. L’age a creusé ses joues, son nez camus est plus visible, son charme a foutu le camp, séduire la donzelle est devenu un sport extrême… il fait contre mauvaise fortune mauvais cœur, et en arrive à écrire un pamphlet contre la noblesse vénitienne et le marquis de Spinola, qui, croit-il, l’a lésé. Cela lui vaut, en 1783, une nouvelle expulsion de Venise.

La même année, il retourne à Paris ou il rencontre Benjamin Franklin qui conférence sur l’avenir du transport en ballon… A Vienne, il sert de secrétaire et pamphlétaire à l’ambassadeur de Venise, Sebastiano Foscarini ; il fait la connaissance de Lorenzo Da Ponte, le librettiste de Mozart. Puis il rencontre le comte Joseph Karl Von Waldstein, féru d’occultisme. Celui-ci lui propose le poste de bibliothécaire dans son château de Duchcov, à Dux, en Bohême. Il y passe ses dernières années, tristement, ruiné, déprimé par l’échec de son roman L’Isocameron. Les nombreux laquais du comte se moquent du vieil homme et de son passé révolu. Il y a sans doute un zeste de jalousie dans cette attitude : la foule, de tous temps, a raillé les gens qu’elle ne pouvait imiter. La foule est petite, envieuse et mesquine. Mais c’est la foule…

En 1789, suivant les conseils de son médecin, il se met à écrire Histoire de ma vie, 3500 pages, et aujourd’hui encore on loue la mémoire de Giacomo, qui excelle dans le détail historique, géographique, esthétique et érotique, voire amoureux,

En 1798, une crise d’apoplexie l’oblige à interrompre son travail d’écriture. Il meurt le 4 juin. Il est inhumé dans le petit cimetière de Duchcov qui est aujourd’hui remplacé par un jardin public. L’emplacement de sa tombe a disparu à la mort du comte Waldstein, si bien qu’actuellement, nul ne sait ou repose le plus grand séducteur de tous les temps. Son destin rejoint ainsi celui de Wolfgang Amadeus Mozart, le plus grand musicien de tous les temps, lui aussi enterré à la va vite dans une fosse commune dont on ignore l’emplacement… si le destin des grands hommes est de ne laisser aucune trace – autre que leur œuvre – nul doute que la tombe de certain président restera à jamais dans les manuels d’histoire…

Quelques détails sans importance…

Giacomo laisse deux œuvres personnelles, l'Isocameron  et Histoire de ma vie, ou il se raconte avec complaisance. ce manuscrit a ete achete par la bibliotheque nationale en 2010  pour la somme                 de 7 000 000 d’euros.e dernier manuscrit a été acheté en 2010 par la Bibliothèque N

Giacomo mesurait plus de 190 centimètres, cinq pieds neuf pouces, presque un géant a l’époque… pourtant, ce fut un enfant chétif !

Quelques œuvres le concernant parmi les milliers qui lui ont été consacrées :

Camino Real, 1953, une piece de Tennessee Williams

Le Casanova de Fellini, 1976, film de Fellini (comme son titre l’indique) avec Donald Sutherland dans le rôle éponyme ;

Le retour de Casanova, 1992, avec Alain Delon dans le rôle de Casanova, vieux…

Variations sur Casanova, 2014, avec John Malkovich dans la peau du séducteur ;

Dans le dictionnaire anglais Webster, le nom de Casanova est devenu nom commun et désigne « un séducteur sans scrupule ». Cette définition est injuste pour notre Giacomo, qui fut certes un séducteur, mais, à l’inverse de Don Juan, un séducteur sensible, amoureux, prévenant… loin du « collectionneur » espagnol que les historiens classent dans la catégorie « fornicateur mécanique ». Giacomo s’attachait à sa conquête, l’aidait, la secourait éventuellement… mais, voyageur impénitent, routard avant la lettre, et fuyard occasionnel, il bouclait souvent sa valise et laissait derrière lui une ou plusieurs femmes en pleurs, et pleurait lui-même dès que le carrosse s’était éloigné… il utilisait de nombreux pseudonymes, ce qui était suffisant à l’époque pour déjouer les pièges de la maréchaussée. Il faut dire que le portrait robot n’existait pas, non plus que la presse people qui aurait permis une reconnaissance immédiate… Le nom d’emprunt le plus fréquent était ‘’Chevalier de Seingalt’’ que l’on doit prononcer ‘’Saint-Gall’’ ; il écrivit d’ailleurs ses mémoires en français sous ce pseudo : Jacques Casanova de Seingalt.

Giacomo confie dans ses mémoires qu’il a entretenu plusieurs relations avec des hommes : notre homme à femmes souhaitait, de cette façon, connaître toutes les saveurs de l’existence…

… et puisqu’il désirait en connaître les saveurs les plus rares, il décrit avec volupté les relations incestueuses qu’il aurait eues avec sa fille, relations mises en doute par les historiens ‘’casanovistes’’ qui s’accordent toutefois à lui accorder ces mêmes relations non platoniques avec sa cousine…

Il avoue également avoir acheté une petite fille en Russie, ce qui correspondrait à un fantasme du vieillard qu’il devenait rapidement, ayant brûlé la chandelle par tous ses bouts… mais il ne précise pas le nombre d’années de ‘’l’achetée’’. Ni, bien sûr, son identité…

Le prince de Ligne rédigea dans ses mémoires un texte plus long au sujet de Casanova :

 

« Ce serait un bien bel homme s’il n’était pas laid ; il est grand, bâti en Hercule, mais a un teint africain ; des yeux vifs, pleins d’esprit à la vérité, mais qui annoncent toujours la susceptibilité, l’inquiétude ou la rancune, lui donnent un peu l’air féroce, plus facile à être mis en colère qu’en gaieté. Il rit peu, mais il fait rire. Il a une manière de dire les choses qui tient de l’Arlequin balourd et du Figaro, ce qui le rend très plaisant. Il n’y a que les choses qu’il prétend savoir qu’il ne sait pas : les règles de la danse, celles de la langue française, du goût, de l’usage du monde et du savoir-vivre. Il n’y a que ses ouvrages philosophiques où il n’y ait point de philosophie ; tous les autres en sont remplis ; il y a toujours du trait, du neuf, du piquant et du profond. C’est un puits de science »

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