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Qui connaît Freda Joséphine McDonald ?

Tout le monde.

Mais souvent on ne sait pas qu’on la connaît…

Allez, devinez… elle naît  le 3 juin 1906 à Saint-Louis (Missouri), et s’éteint discrètement le 12 avril 1975, dans le 13e arrondissement parisien.

Vous trouvez ? Non ?

Elle fut noire, chanteuse, danseuse, actrice, meneuse de revue, résistante, mère poule de douze enfants, tous adoptés, elle fut châtelaine, riche puis ruinée, mariée, veuve, divorcée…

Forts de ces indications, il ne vous est plus possible d’ignorer la grande, l’incomparable, l’irremplaçable et irremplacée Joséphine Baker !

 

Première célébrité noire, bien avant Michael Jackson, Morgan Freeman et Barack Obama, elle acquiert la nationalité française en 1937, mais ce n’est pas pour toucher les aides sociales et autres allocations familiales : car elle ne peut pas avoir d’enfants. C’est d’ailleurs le drame de sa vie, comme on verra plus tard.

Pendant la seconde guerre mondiale, elle joue un rôle actif, très actif, dans la résistance, ce qui lui vaudra la médaille de la résistance, la croix de guerre 1939-1945 avec palmes, et les insignes de chevalier de la Légion d’Honneur, reçus des mains du général de Gaulle.

Mais avant cela…

En février 1920, âgée de treize ans, sa mère la marie avec un gamin de la rue. Ce mariage durera jusqu’en… 1920 ( !).

Fin 1920, âgée alors de 14 ans, elle danse dans une troupe itinérante, les Dixie Steppers, où elle gagne dix dollars par semaine. Elle y fait la connaissance de Willie Baker, et l’épouse dès  qu’elle a quinze ans…

Mais elle rêve plus grand, Broadway, les feux de la rampe, un grand public, le haut de l’affiche…

Alors, à 16 ans, elle quitte son second mari pour aller tenter sa chance à New York. Après deux ans de tournées où elle n’a pas la vedette, l’impresario Caroline Reagan la remarque, double son salaire par vingt cinq (it’s a joke) et l’emmène à Paris pour faire d’elle la star de la célèbre Revue Nègre. Noter que cette revue porterait  aujourd’hui un autre nom. Notre époque est bien pensante, et elle ôte du vocabulaire certains mots qu’elle juge désobligeants, même s’ils ne le sont pas.   

En 1925, elle passe donc en première partie de la Revue Nègre au Théâtre des Champs-Élysées, simplement vêtue d’un pagne de fausses bananes. Elle danse sur un charleston, musique encore inconnue en France, et si sa tenue légère fait d’abord scandale, celui-ci ne dure guère, les parisiens d’alors sachant admirer la beauté d’où qu’elle vienne.  Elle devient l’égérie du tout Paris et des cubistes qui, contrairement à ce nom aux arêtes vives, aiment les formes plutôt arrondies de cette nouvelle star…

Enfin, le succès…

En 1926, âgée de 20 ans, elle rencontre Giuseppe Abatino qui devient son impresario et son amant, l’incite à chanter, la fait participer au tournage d’un film, La Sirène des Tropiques, et organise pour sa dulcinée une tournée mondiale en 1928. 

Le Casino de Paris l’engage pour la saison 1930-1931. Elle y remporte un succès inoubliable avec notamment une chanson de Vincent Scotto qui traverse les années sans prendre une ride : J’ai deux amours.

En 1936, elle fait une tournée aux Etats-Unis, puis revient en France en 1937 et demande la nationalité française, que l’on donne en ce temps-là avec parcimonie (et bon sens) aux gens qui la méritent et qui aiment la France.

Giuseppe meurt d’un cancer et Joséphine épouse alors un Français de souche, Jean Lion, l’année suivante à Crèvecœur le Grand. Le nom de ce village ne porte pas chance au couple qui divorce l’année suivante.

Puis c’est la guerre…

Dès le début de la seconde guerre mondiale, Joséphine devient un agent du contre-espionnage, et, en même temps, se mobilise pour la Croix Rouge. Le 24 novembre 1940, elle s’engage dans les services secrets de la France Libre, et parcourt l’Afrique du Nord, soutient les troupes américaines, et fait office d’agent de liaison entre Marrakech et le Caire, Beyrouth et Damas, etc. Elle fait passer des messages codés dans ses partitions musicales, détail repris dans un film de Claude Pinoteau, Le Silencieux, avec Lino Ventura et Léa Massari (1973).

Elle débarque à Marseille en octobre 1944, poursuit ses activités pour la Croix rouge, chante pour les soldats près du front, en suivant la progression de la Première Armée Française.

Mais le diable ne se cache jamais loin des plus belles âmes… le rêve, le vrai rêve de Joséphine était d’avoir un fils… en 1941, à Casablanca, elle accouche d’un enfant mort-né, subit une hystérectomie… et son rêve s’évanouit. L’espoir, c’est fragile…

N’ayant provisoirement personne à aimer, elle devient une héroïne comme on vient de voir… la vie continue, la guerre s’achève…

En 1947, elle épouse Jo Bouillon, achète le domaine des Milandes, en Dordogne, et y accueille douze enfants de toutes origines et de toutes les couleurs. Elle y engloutit sa fortune, et reprend les concerts pour continuer à élever sa tribu ‘’arc-en-ciel’’.

Dans les années 60, à l’âge de 54 ans, elle tente de renouer avec le succès, milite pour la cause des afro-américains, au coté de Martin Luther King, mais le succès ne vient pas, l’argent ne rentre pas, et les huissiers l’expulsent de son château des Milandes… malgré l’aide de son amie la princesse Grâce de Monaco, et celle non moins généreuse de Brigitte Bardot qui lui envoie un chèque, dit-on, « important ». 

Plus tard, la princesse Grâce lui offre un logement à Roquebrune et l’invite pour des spectacles de charité. Joséphine remonte sur la scène parisienne de l’Olympia en 1968 (elle a 62 ans). Elle inaugure une rétrospective de sa carrière, Joséphine à Bobino, en 1975. Au lendemain d’une représentation, elle fait une attaque cérébrale, et meurt le 12 avril de la même année. 

Ainsi s’est éteinte la première star noire… discrètement, chez elle, à l’abri des feux de la rampe qui avaient guidé sa vie…

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