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Clément Ader, l'homme qui inventa l'aviation

Petite introduction

« Icare s’approcha du soleil, la cire qui assemblait ses ailes fondit, et Icare sombra dans la mer qui désormais porte son nom, la mer Icarienne »

Ainsi, Icare serait le premier homme à s’être élevé dans les airs, s’il n’était pas une légende.

Mais il est une légende.

En fait, les deux premiers hommes qui se sont véritablement élevés au-dessus du sol à bord d’un ballon non dirigeable plus léger que l’air sont français : le marquis d’Arlandes et Pilâtre de Rozier. Cela s’est passé le 21 novembre 1783 devant le roi Louis XVI.

Mais le premier vol sur un engin motorisé plus lourd que l’air fut effectué par un autre français, Clément Ader, en 1890.

Clément Ader naît le 2 avril 1841 (échappant de peu aux quolibets faciles et poissonneux du premier avril), à Muret, Haute Garonne, et meurt 84 ans plus tard, le 3 mai 1925 à Toulouse.

En 1868, il se lance dans la fabrication de « vélocipèdes » sur lesquels il remplace le bandage de fer par du caoutchouc.

En 1875, il imagine une machine à poser des rails au profit de la compagnie des chemins de fer du Midi.

En 1880, il invente le théâtrophone, qui permet d’écouter l’Opéra de Paris en son stéréophonique et en restant chez soi ; cette invention lui permet d’accumuler une grande fortune…

Il imagine, le premier, les chenilles de chars, le câble sous-marin, un projet d’embarcation à ailes rasant la surface de l’eau, ancêtre de l’aéroglisseur.

Toutefois, le rêve de Clément n’est ni le vélocipède ni le téléphone, non. Son rêve est de faire voler un engin plus lourd que l’air.

Dès 1874, il avait conçu un planeur de 9 mètres d’envergure, susceptible de recevoir un moteur.

En 1890, il conçoit et réalise un prototype, Eole, équipé d’un moteur de 20 CV. Le 9 octobre, il l’essaie dans le parc du château de Gretz-Arminvilliers, devant des témoins qui constatent l’absence de marques dans le sol sur une cinquantaine de mètres. Ader a ainsi réalisé ce jour-là le premier décollage motorisé d’un appareil plus lourd que l’air.

Intéressée par le projet, l’Armée contacte Ader qui effectue un deuxième vol en 1891. L’appareil impressionne les militaires qui lui commandent un second appareil plus puissant.

Et demandent au constructeur de garder le silence sur ses essais.

Mais l’Armée voulait un appareil plus puissant. Ader se lança dans la construction de l’Aquilon (avion III) qu’il équipa d’un moteur de 30 CV. Il fit des essais à Satory devant des officiels. L’appareil quitta le sol, fit un bond de 300 mètres et fit un cheval de bois en fin de piste ; jugé incontrôlable par les militaires présents, le projet fut abandonné. Et le ministère de la guerre cessa de « sponsoriser » l’ingénieur.

Ainsi, ente 1890 et 1897, il réalisa trois machines volantes, l’Eole qu’il finança lui-même (200 000 francs de l’époque, soit près de huit millions d’euros), le Zéphyr et l’Aquilon financés par des fonds publics.

Et ce fut la fin des expériences aéronautiques de Clément Ader, précurseur de l’aviation.

De nombreuses questions restent sans réponse.

Certains prétendent que les avions de Clément Ader n’ont jamais volé.

Sans doute parce que le secret militaire était bien gardé…

Mais les archives de Satory, rendues accessibles dans les années 1990, admettent que l’Aquilon quitta effectivement le sol sur une cinquantaine de mètres.

Les deux prototypes construits par Ader étaient incontrôlables, certes, mais ils furent les premiers. De nos jours, la lettre de Wilbur Wright à son frère Orville (écrite en 1911, 21 ans après le premier vol) fait sourire :

« Je suis allé voir l'appareil d'Ader et me suis procuré une échelle pour l'examiner de plus près. Il n'existe aucune possibilité de réglage en vol si ce n'est la manœuvre d'avant en arrière au moyen d'une vis sans fin et c'est quelque vingt ou trente tours qui sont nécessaires pour modifier la position des ailes... La machine entière est d'un ridicule achevé ».

Ader fit des erreurs qui lui furent longtemps reprochées : il ignora délibérément les travaux d’autres pionniers de l’aviation qui avaient fait voler des modèles réduits plus lourds que l’air. Il ne tint pas compte de la stabilité aérodynamique de l’appareil. Il n’essaya pas d’analyser et d’équilibrer les forces en présence (portance, poids, traînée, traction). Il fit fi des éléments météorologiques en essayant de décoller par vent fort, ce qui même de nos jours peut amener à interdire tout décollage ou atterrissage.

Mais il reste le premier à s’être élevé dans les airs sur un engin motorisé.

Après lui, le monde assistera aux spectaculaires progrès de l’aviation dont il fut le père !

D’autre part, quelles que soient ses erreurs, Ader, outre le pionnier, reste un visionnaire étonnant : alors que tout reste à faire (il ne s’est envolé que de quelques centimètres sur quelques dizaines de mètres…), il entrevoit déjà le rôle de l’aviation au sein de l’Armée, et surtout, il imagine le futur Charles de Gaulle :

« Donc, un bateau porte-avion deviendra indispensable. Ces navires seront construits sur des plans différents de ceux usités actuellement. D'abord, le pont sera dégagé de tout obstacle ; plat, le plus large possible, sans nuire aux lignes nautiques de la carène, il présentera l'aspect d'une aire d'atterrissage. Le mot atterrissage n'est peut-être pas le terme à employer, puisqu'on se trouvera sur mer, nous lui substituerons celui d'appontage. »

Clément Ader, L'Aviation militaire, Berger-Levrault, Paris (1909)

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