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Docteur Guillotin

Le destin exceptionnel de Joseph Ignace Guillotin

A l’étranger, le docteur Guillotin est certainement l’une des personnalités françaises les plus connues avec Zinedine Zidane et Charles de Gaulle.

L’une des plus connues mais certainement et paradoxalement la plus méconnue.

Lorsqu’il est question d’un personnage aussi complexe, par où commencer ?

Eh bien, par le début : Joseph Ignace Guillotin est né le 28 mai 1738 à Saintes,

… Et par la fin : il est mort le 26 mars 1814 à Paris.

Mais avant ce dernier épisode fâcheux, Joseph Ignace fait des études théologiques pendant sept ans au collège des jésuites de Bordeaux et il y obtient son baccalauréat, série jésuite donc. Pourtant, rien ne le prédispose à une carrière dans les ordres : son père Joseph Alexandre est avocat et sa mère Catherine Agathe est maman au foyer, elle donne treize enfants à son infatigable mari.

Joseph Ignace est le neuvième.

On dit qu’ils habitaient une place à Saintes ou avaient lieu les exécutions, capitales et autres. On dit que les cris d’un condamné provoquèrent une émotion telle chez Catherine Agathe qu’elle mit au monde Joseph Ignace prématurément.

Est-il possible que les cris du condamné aient résonné aussi longtemps dans les oreilles de notre théologien ? On ne saurait l’affirmer, mais en 1763, à 25 ans, il choisit de laisser le bon Dieu où Il est et de devenir médecin : il souhaite soulager l’humanité souffrante.

Il étudie d’abord à Reims car les études sont moins onéreuses, puis, ayant obtenu une bourse en 1768, il monte à Paris, pour les trois dernières années.

Devenu docteur en médecine et professeur, il enseigne l'anatomie, la physiologie et la pathologie à la faculté de Paris, de 1778 à 1783. Le 14 juillet 1787, il se marie avec Elise Saugrain.

Deux ans plus tard, jour pour jour et par le plus grand hasard, le peuple se soulève, prend les Tuileries puis la Bastille, c’est le début de la révolution aux cris de liberté, égalité, fraternité, ou la mort (La formule est de Jean-Nicolas Pache, alors maire de Paris).

Egalité ? Pas pour tout le monde !

Jusqu’alors, l'exécution de la peine capitale différait selon le forfait et le rang social du condamné : les nobles étaient décapités au sabre, les roturiers à la hache, les régicides et criminels d'État écartelés, les hérétiques brûlés, les voleurs roués ou pendus, les faux-monnayeurs bouillis vifs dans un chaudron. Cela n’est pas tout, l’histoire fait aussi dans le ‘’sur-mesure’’. Ainsi, Ravaillac, qui n’était pourtant QUE régicide, fut écartelé, certes, mais après un traitement particulier et personnalisé…

Quel traitement ? vous demanderez-vous.

Voici : le 27 mai 1610, condamné à la peine de mort, il fut « écorché vif avec tenailles, versement de plomb fondu et d’huile bouillante dans les plaies, à avoir la main droite tenant le couteau parricide brûlée du feu de soufre, à être écartelé, les membres réduits en cendres, et lesdites cendres jetées au vent, outre sa maison natale démolie et ses père et mère expulsés du royaume sous quinze jours ».

Tant de souffrance, pour le docteur Guillotin, n’était pas nécessaire. Le médecin doit garder le monopole de la douleur, piqûres, points de suture, alcool à 90, etc.

Joseph Ignace, qui s’est lancé en politique parallèlement à la médecine (il est député du Tiers état depuis 1788), fait alors à l’Assemblée Constituante une proposition très égalitaire : « tout condamné à mort aura la tête tranchée » (article 3 du Code Civil). Ce qui entraînera des économies sur le soufre, l’huile bouillante, le plomb fondu et les quatre chevaux écarteleurs.

Sa proposition vise donc à supprimer les souffrances inutiles. Ce médecin est un humaniste. Est-ce un bon ‘’commercial’’ ? La question mérite d’être posée…

Voici en quels termes, le premier décembre 1789, il vanta la future machine à découper devant cette assemblée que l’on ne peut qualifier de noble :

« Le couteau tombe, la tête est tranchée à la vitesse du regard, l’homme n’est plus. À peine sent-il un rapide souffle d’air frais sur la nuque. »

Cette évocation lyrique fit bien rire l’assemblée, qui n’imaginait bien sûr pas qu’un bon nombre de ses membres devraient par la suite apprécier à leur tour la fraîcheur de ce petit courant d’air…

Mais en 1789, son idée est rejetée. Elle vient trop tôt.

Elle est adoptée plus tard, en 1791, par ordonnance de la loi du 6 octobre. Toutefois, la machine à trancher reste à fabriquer.

Répondant à une « offre de marché » de l’Assemblée Nationale, c’est le Dr Antoine Louis, secrétaire perpétuel de l'Académie de chirurgie, qui perfectionne une machine préexistante en Italie, avec l’aide d’un mécanicien allemand, Tobias Schmidt. L’utilisation d’un couperet vertical de forme trapézoïdale mû par la simple force de la pesanteur lui permettra de remporter le marché.

L’appareil, terminé en 1792, s’appelle d’abord ‘’la Louison’’ ou ‘’Louisette’’ du nom de son concepteur.

Après plusieurs essais sur des moutons puis sur trois cadavres à l'Hospice de Bicêtre le 15 avril 1792, la première personne guillotinée en France fut un voleur, du nom de Nicolas Jacques Pelletier, le 25 avril 1792.

On peut oublier ce nom…

Mais l’histoire a retenu le nom de ‘’guillotine’’ malgré les protestations de Joseph Ignace qui, jusqu'à sa mort, en 1814, dira de cette fameuse machine « ce fut la tâche involontaire de ma vie ».

Cette belle mécanique de précision eut un certain succès à l’exportation car la Suisse, la Suède, la Belgique et l’Allemagne l’utilisèrent définitivement à leur tour…

LES SURNOMS DE LA GUILLOTINE
LOUISETTE : surnom donné sous la Révolution (dérivé d'Antoine Louis).
LOUISON : surnom donné sous la Révolution (dérivé d'Antoine Louis).
MIRABELLE : surnom donné sous la Révolution (dérivé de Mirabeau).

LE MOULIN A SILENCE : surnom donné sous la Révolution.
MONTE-À-REGRET (LA) : surnom donné sous la Révolution.
RASOIR NATIONAL (LE) : surnom donné sous la Révolution.
VASISTAS (LE) : surnom donné sous la Révolution.
VEUVE (LA) : surnom donné sous la Révolution.

LA CRAVATE A CAPET après son emploi sur Louis XVI.
LUCARNE (LA) : surnom donné au XIX ème siècle.
MASSICOT (LE) : surnom donné au XX ème siècle.
BÉCANE (LA) : surnom donné au XX ème siècle.

LA BASCULE À CHARLOT : surnom donné au XX ème siècle aussi.

Le docteur Guillotin après la révolution :

Sous la Terreur, Guillotin est emprisonné, mais le 9 thermidor an II (27 juillet 1794) qui a déjà sauvé Notre Dame de Paris (voir L’Indicateur du mois de novembre) voit la libération de notre député Ignace. Il passera le restant de ses jours loin de la vie politique et ne se consacrera plus qu'à la médecine, s’activant à propager la pratique de la vaccination contre la variole. Sous le Consulat, il sera chargé d’installer le premier programme cohérent de santé publique en France. Il sera nommé médecin chef de l'hôpital Saint-Vaast à Arras. Guillotin est également le fondateur de la Société des premiers médecins de Paris, ancêtre de l'actuelle Académie Nationale de Médecine.

Joseph Ignace Guillotin est mort de causes naturelles : il succomba à une septicémie consécutive à un anthrax. Il ne glissa pas sa tête dans la lucarne contrairement à une rumeur qui courut, comme toujours courent les rumeurs.

Peut-on dire que grâce à lui, pendant la révolution, près de 17 000 personnes moururent sans (trop) souffrir ? Quoi qu’il en soit, c’est son nom qui reste associé à ce que l’on a appelé ‘’le bois de justice’’.

Le massicot a servi 6 fois entre 1969 et 1981, date de l’abolition de la peine de mort sous Mitterrand. Puis il a été démonté et rangé définitivement au placard. Il réapparaîtra un jour dans un musée…

« Il y a des hommes malheureux. Christophe Colomb ne peut attacher son nom à sa découverte ; Guillotin ne peut détacher le sien de son invention ». Victor Hugo.

Une anecdote… amusante :

2 mars 1792 : Louis XVI, qui avait encore le titre de roi à cette date, et la tête sur les épaules, fut amené à donner son avis sur cette machine qui n’était pas encore construite. A cette époque, la lame était en forme de faucille. Le Dr Louis lui présenta un croquis de la future machine à trancher, en présence du bourreau Sanson.

Louis, féru de mécanique, dit à peu de chose près « une lame en forme de croissant est insuffisante pour assurer dans tous les cas une coupe franche ; un mouvement de cisaillement est nécessaire ».

On donna raison au roi qui saisit alors une plume, corrigea le dessin de la lame et lui donna « une ligne oblique » en disant qu’il faudrait essayer les deux dispositions pour confirmer. Ce à quoi il aurait été procédé à Bicêtre quelques semaines plus tard, sur des moutons, comme il a été dit. (selon les ‘’Mémoires de Sanson’’).

Un record qui ne risque pas d’être battu : le bourreau le plus célèbre est Charles Henri Sanson, qui outre Louis XVI, décapita (à la guillotine) (pas à la hache) 2 918 condamnés.

Nota Bene : il parait que l’on continue à vivre dix secondes après avoir été ‘’décollé’’.

Je ne saurais ni l’affirmer ni l’infirmer.

Il faudrait pour cela en faire soi-même l’expérience.

Or il se trouve qu’en ce moment, je n’ai pas le temps, ayant promis verbalement d’écrire encore sur Vercingétorix, Jean Jacques Rousseau, Mme de Maintenon, Landru et Marthe Richard, la mégère qui fit clore les maisons fermées (ou fermer les maisons closes, ce qui est sensiblement la même chose). Et parole donnée vaut signature.

A l’occasion, je tenterai cette expérience et essaierai de vous tenir informés, sans rien promettre. Laissons les promesses aux hommes politiques, et à ceux qui les croient.

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