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Alfred Dreyfus, le patriote

Dreyfus : tout d’abord, sa vie avant l’affaire...

Alfred Dreyfus naît à Mulhouse le 9 octobre 1859. En 1871, son père, riche industriel, choisit la nationalité française pour lui-même et pour ses enfants mineurs, 7 au total, dont Alfred est le cadet. Il aurait pu choisir la nationalité allemande, mais non…

Il passe son baccalauréat en 1876 et va au collège Sainte Barbe préparer l'école Polytechnique. Il en sort 128e en 1880, et sous-lieutenant.

La même année, il choisit l'artillerie et entre à l'école d'application de Fontainebleau. Affecté à la 1 ère division de cavalerie du 31e régiment, il est promu Lieutenant en 1885. En 1889, adjoint au Directeur de l'Ecole de Pyrotechnie de Bourges, il est promu Capitaine.

Le 18 avril 1890, il épouse Lucie Hadamard, petite fille de polytechnicien. Le 21 avril, le capitaine Dreyfus reçoit confirmation de son admission à l'Ecole Supérieure de guerre.

Sorti avec mention Très Bien en 1892, il est nommé à l'Etat-major de l'armée.

Le 5 avril 1891 naît son fils Pierre ; le 22 février 1893, naît sa fille Jeanne.

Comme on voit, une vie normale jusqu'à cette date. Mais le 13 octobre 1894…

… un message apporte à son domicile une convocation ordonnant à Alfred Dreyfus de se rendre en ‘’tenue bourgeoise’’, c'est-à-dire en civil, à une inspection le 15 octobre.

Ce 15 octobre 1894, il est arrêté par un officier du 3e bureau, le commandant du Paty de Clam. On l'accuse d'être l'auteur d'un’’bordereau’’, dérobé à l'ambassade d'Allemagne par une femme de ménage qui fouillait dans une poubelle. Ce document annonce la livraison d’informations concernant notre défense nationale.

Son procès s'ouvre le 19 décembre 1894, devant le Conseil de Guerre de Paris. Le 22 décembre, Dreyfus est condamné au bagne à perpétuité pour trahison. Il est dégradé au cours d'une cérémonie publique qui a lieu dans la grande cour de l'Ecole militaire, devant 4 000 soldats, le 5 janvier 1895.Le 21 février, il est embarqué pour l'Ile du Diable, au large de la Guyane.

(L’auteur de cette courte chronique s’est rendu sur l’île du Diable. Il a visité la cellule d’Alfred. Il déconseille aux lecteurs de s’y rendre : on est loin, très loin du club Med)

En mars 1896, le colonel Georges Picquart, chef du contre-espionnage, constate que le vrai traître est le commandant Ferdinand Walsin Esterazhy. L’état-major refuse pourtant de revenir sur son jugement et affecte Picquart en Afrique du Nord.

La vérité n’intéresse personne : notre époque n’a rien inventé. « Le premier qui dit la vérité, il doit être exécuté » chantait Guy Béart.

Le contexte politique de l’époque est très important à ce moment de notre histoire : de 1893 à 1896, cinq gouvernements se succèdent. La durée du mandat présidentiel vacille également : au président Sadi Carnot, assassiné le 24 juin 1894, succède le modéré Jean Casimir-Perrier qui démissionne le 15 janvier 1895 pour impopularité après six mois et seize jours à l’Elysée (les présidents devraient démissionner plus souvent). Il est remplacé par Felix Faure (celui qui mourra dans des circonstances assez inhabituelles…)

Le contexte social, d’autre part, est particulièrement propice à la haine de l'Empire allemand qui a annexé, en 1871, l'Alsace et une partie de la Lorraine. En 23 ans, on n’oublie rien. De plus, en 1871, une Section statistiques a été créée en vue de d’intoxiquer l’ennemi allemand avec de fausses informations. Son chef, le lieutenant-colonel Jean Sandherr, est un antisémite convaincu.

On assiste donc à une montée conjuguée du nationalisme et de l’antisémitisme.

Dans ces conditions, condamner un juif accusé d’avoir trahi la France au profit de l’Allemagne, cela soulage une partie de la population dont les neurones sont en berne.

Le 13 janvier 1898, Emile Zola publie une lettre ouverte au (nouveau) président de la république Félix Faure, « J'accuse !». Cette lettre lui vaudra un an de prison : la justice en ce temps-là n’est pas plus tendre avec les justiciers qu’elle ne l’est aujourd’hui avec Eric Zemmour… toutes proportions gardées !

« J’accuse » est un réquisitoire dreyfusard qui entraîne le ralliement de nombreux intellectuels dont Marcel Proust qui, en cette occasion, mérite tout notre respect. Soutiennent également Dreyfus l’académicien Anatole France, le socialiste Léon Blum, le poète Charles Péguy, le pacifiste Jean Jaurès… La France se divise alors en deux camps très distincts, les dreyfusards et les anti-dreyfusards. Des émeutes éclatent un peu partout. La Republique, une fois de plus, est ébranlée, certains la voient même en péril, ce qui incite à en finir avec l'affaire Dreyfus pour ramener le calme.

Le procès Dreyfus est devenu l’Affaire Dreyfus. Grâce à Zola.

Le 5 juillet 1898, la famille Dreyfus dépose une nouvelle demande de révision du procès. Le nouveau ministre de la Guerre, Godefroy Cavaignac, demande l'expertise d’un document (une lettre manuscrite imitant les écritures du fameux bordereau et celle de Dreyfus, tentant de les confondre). En août 1898, un mois après, on découvre que ce document est un faux fabriqué par le colonel Henry, qui se suicide peu après au mont Valérien. L'incident provoque une cascade de démissions, dont celles du général Raoul Le Mouton de Boisdeffre et de Cavaignac, hostiles à la révision du procès.

Bien que le seul document accablant Dreyfus, mais non pas l’accusant, s’avère être un faux, en septembre 1899, un nouveau conseil de guerre condamne Dreyfus à dix ans de détention ‘’avec circonstances atténuantes’’.

Ces ‘’circonstances’’ prouvent magistralement l’inanité de la condamnation d’Alfred : aucune circonstance ne peut ‘’atténuer’’ la trahison, qui est en principe punie de peine de mort chez les militaires, ce que l’auteur de ces lignes approuve sans réserve. On ne trahit pas son pays.

Le 19 septembre 1899, dix jours après sa nouvelle condamnation, le (tout nouveau) président Loubet gracie le capitaine. Celui-ci accepte la grâce présidentielle mais il n’est pas satisfait : il est toujours officiellement coupable. Il veut être innocenté et réhabilité.

Quoi qu’il en soit, il est libre. L’île du Diable n’est plus qu’un mauvais souvenir.

Un mauvais souvenir qui aura duré presque cinq ans !

Le 5 mars 1904, la cour de cassation accepte une nouvelle demande en révision du procès.

Le 12 juillet 1906, Dreyfus est innocenté, réhabilité, réintégré dans l'armée avec le grade de chef de bataillon et décoré de la légion d'honneur.

Il aura fallu douze ans pour que triomphe la vérité. Nul ne saurait dire toutefois si de nos jours, celle-ci serait plus rapide…

Admis à la retraite en 1907, il participera à la grande guerre (la ‘’der des der’’ !), du coté des Français car le cœur d’Alfred a toujours battu en bleu blanc rouge.

Il décède le 12 juillet 1935 à l’âge de 76 ans. Le cortège funèbre, qui se rend au cimetière Montparnasse, traverse, le 14 juillet, la place de la Concorde au milieu des troupes au garde à vous, célébrant la fête nationale. Bel hommage grandement mérité pour un homme qui aura survécu au déshonneur, à la honte et à l’île du diable, et qui continua d’aimer son pays comme plus personne ne l’aime aujourd’hui.

Après l’Affaire

Le 16 octobre 1906, Georges Clemenceau prend la présidence du Conseil. Il affecte le général Picquart, qui s’est illustré dans l’affaire Dreyfus, au Ministère de la Guerre.

Le 4 juin 1908, six ans après sa mort, les cendres d’Emile Zola sont transférées au Panthéon.

Le commandant Dreyfus, présent à la cérémonie, est blessé au bras par deux coups de feu tirés par Louis Grégory, ancien normalien et journaliste ; les jurés de la cour d'assises de Paris l'acquitteront, acceptant de considérer l'attentat comme un acte nationaliste naturel. On croit rêver.

Le transfert de ses cendres au Panthéon a été envisagé, mais Jacques Chirac n’a pas voulu…

En 1997, son petit-neveu, le chanteur Yves Duteil lui rend hommage dans une chanson appelée « Dreyfus »

Tag(s) : #Destins Exceptionnels

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