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Charles Martel, 690 - 741

Charles Martel

Il est né vers 690, à Andenne près de Namur en Belgique ; il est mort en octobre 741 à Quierzy sur Oise.

Il est le fils de Pépin de Herstal, maire du palais d'Austrasie contrôlant les royaumes de Neustrie et de Bourgogne. Il est également le grand-père de Charlemagne.

Il fut maire du palais d’Austrasie de 717 à 741.

Maire du palais :

À l'origine, le maire du palais est l'intendant du roi : c'est un serviteur chargé des affaires domestiques du palais. C’est le plus haut dignitaire du pays, après le roi bien sûr. Mais comme le roi est fainéant, c’est le maire du palais qui exerce le pouvoir. Il commande les intendants chargés de l'exploitation du domaine royal, gère la fortune du souverain et dirige le gouvernement intérieur du palais.

Aujourd’hui, on dirait : premier ministre à l’anglaise, la reine d’Angleterre se contentant souvent de porter le plus beau chapeau.

Quelques précisions supplémentaires : en cette époque lointaine, la France n’est pas encore la France. C’est l’addition de plus de dix régions (Neustrie, Austrasie, Thuringe, Frise, Aquitaine, Septimanie, Vasconie, Provence…) qui ont presque toutes leur maire et dont certaines ont leur roi. Ces régions sont souvent rivales, et les rois comme les maires ont souvent des enfants de plusieurs lits, ce qui complique considérablement les successions. Pour s’en convaincre, il suffit de jeter un regard sur un arbre généalogique de ce temps-là : un véritable nœud gordien.

Aujourd’hui on dirait : un sac de nœuds.

En 714, à la mort de Pépin de Herstal dit « Pépin le Jeune », son fils Charles (le futur Charles Martel) fut désigné pour reprendre la charge de maire du palais qu'occupait le défunt. Il avait bien deux demi-frères, Drogon de Champagne et Grimoald II, mais aucun d’eux ne pouvait occuper ce poste, étant, eux aussi, morts.

Toutefois, Plectrude, la première épouse de Pépin de Herstal, considérait Charles comme un enfant illégitime parce que né d'Alpaïde, que Pépin avait épousée bien qu'étant déjà et encore marié. Le divorce n’existait pas.

Elle fit tout pour l'écarter du pouvoir et préserver l'avenir de son petit-fils Théodebald, âgé de six ans à peine, et héritier légitime.

Elle fit donc enfermer Charles, ce qui était une façon inélégante mais efficace de l’écarter de ce pouvoir qu’elle espérait bien assurer elle-même. Les femmes elles aussi aiment régner et peuvent se montrer d’excellentes maîtresses...

Mais c'était compter sans l'opinion des différentes provinces du royaume, qui n'acceptaient pas de voir une femme les diriger ; les révoltes commencèrent alors à éclater, d'abord en Neustrie en 715, lorsque Rainfroi, maire du palais de Neustrie, battit l'armée de Plectrude en forêt de Cuise, près de Compiègne, et mena ses troupes jusqu'aux abords de la Meuse. Ensuite le peuple du Nord de l'Italie se souleva et se rallia à la Neustrie. Puis ce fut au tour des Saxons et des Austrasiens.

Déjà la politique prenait le pas sur le bon sens et l’odeur du pouvoir attisait toutes les convoitises.

Aujourd’hui, on dirait : l’odeur du pouvoir attise encore toutes les convoitises.

En 715, Charles parvient à s'évader et prend la tête des révoltés d'Austrasie. Il doit tout d'abord affronter les Neustriens de Chilpéric II et de Rainfroi : après deux batailles victorieuses (Amblève en 716 et Vinchy en 717), il les repousse jusqu'à Paris. Puis il se dirige vers la ville de Cologne, que Plectrude a choisie pour s'installer avec son petit-fils. Celle-ci n'a d'autre option que de reconnaître sa défaite, livre la mairie d'Austrasie à Charles et renonce au pouvoir.

Aussitôt au pouvoir, Charles opère de grands changements dans son entourage. Il installe sur le trône d'Austrasie Clotaire IV, et renvoie Rigobert, l'évêque de Reims favorable à Plectrude. Puis, petit à petit, il essaie de reprendre le contrôle de tout le royaume franc, mais il doit à nouveau affronter la Neustrie. Il réussit à vaincre Rainfroi qui s'était pourtant allié avec le duc Eudes d'Aquitaine et de Vasconie. Le 14 octobre 719, il remporte sur eux une première victoire à Néry, entre Senlis et Soissons, puis une deuxième à Orléans.

Il entreprend également de repousser la frontière de l'est du royaume : de 720 à 738, il conquiert ainsi l'actuelle Autriche et le sud de l'Allemagne.

Oublions certaines révoltes et certaines victoires de Charles que même le célèbre Julien Lepers délaisse depuis vingt ans…

À la mort de Clotaire IV en 719, il est tout de même obligé de remettre sur le trône Chilpéric II, qu’il avait combattu en 715. Mais celui-ci meurt en 721. Charles appelle alors le fils de Dagobert III, Thierry IV, retiré à l'abbaye de Chelles, et l'installe sur le trône.

Fort heureusement, cette histoire s’est passée il y a longtemps et nos chères têtes blondes n’ont plus à l’apprendre par cœur dans nos écoles laïques…

Nous sommes à la fin de l’époque mérovingienne, celle des rois fainéants, Dagobert, Chilpéric, Childéric, Clotaire, Eudes, Théodebald, Raganfred… autant de noms oubliables à l’exception d’un roi qui par mégarde mit un jour sa culotte à l’envers. Mais saint Eloi était là et veillait…

Plus sérieusement, Charles Martel ‘’ouvre’’ la période carolingienne qui verra son apogée avec son petit fils Charlemagne, l’empereur à la barbe fleurie qui ne portait pas la barbe et mettait sa culotte à l’endroit.

Mais nous n’en sommes pas là. Un autre petit problème attend Charles, qui est heureusement un grand chef de guerre.

Après avoir lutté victorieusement contre sa belle-mère Plectrude, après avoir battu les Neustriens, les Francs, les Frisons, les Saxons, les Alamans, il doit faire face aux musulmans dirigés par Abd ar-Rahman, gouverneur de la péninsule ibérique.

Ceux-ci ont conquis l’Espagne en 711, franchi les Alpes en 716, colonisé la Septimanie (actuel Languedoc) et pris Narbonne en 719, assiégé Toulouse en 721 - mais la ville rose fut victorieusement défendue par Eudes d’Aquitaine…

Les Sarrasins poursuivent leurs conquêtes territoriales : ils prennent Carcassonne à une population qui ne résiste pas, ils prennent Nîmes, Arles, dévastent Lyon, ravagent la Bourgogne… Ils mettent à sac la ville d’Autun, assiègent Sens, attaquent Luxeuil au sud des Vosges. D’autres bandes, peu nombreuses, sillonnent la Gaule, font d’importants butins, détruisent les édifices religieux… Les Chroniques Latines du Rouergue parlent de continuelles chevauchées brûlant et pillant villes et campagnes.

L’histoire est passionnante à plus d’un titre, elle montre comment et pourquoi les alliances se font et se défont à la vitesse du vent et avec la même loyauté et imprévisibilité que celui-ci. Ainsi, Eudes d’Aquitaine, qui est un ancien ennemi de Charles (toujours pas Martel…) et qui a combattu les Sarrasins devant Toulouse, s’allie avec Munusa le berbère et lui donne sa fille Lampagie en mariage. De nos jours, Munusa passerait devant le Tribunal International de la Haye pour crimes de guerre impunis, mais à l’époque cette auguste et ô combien utile institution n’existe pas.

Les luttes fratricides n’étant le monopole de personne, Abd ar-Rahman tue Munusa, envoie sa femme, la princesse Lampagie, au Calife qui en fait l’une des femmes de son harem et en guise de remerciement laisse ce gentil pourvoyeur d’épouse conquérir la Gaule.

En mai de l’année 732, Abd ar-Rahman traverse les Pyrénées avec une armée forte de 50 000 cavaliers. Il marche sur Bordeaux, dévastant au passage Oloron, Lescar, Bayonne, Auch, Dax et Aire-sur-l’Adour.

Eudes tente de stopper l’avance de celui qui a fait de sa fille une veuve. Mais il recule devant son adversaire, qui avance jusqu'à Bordeaux. Abd ar-Rahman prend la ville, la pille, l’incendie et en massacre les habitants. Puis il se dirige vers Tours en juillet, après avoir incendié Bazas, Libourne et le monastère de Saint-Émilion.

Eudes, après avoir essuyé encore plusieurs défaites, décide d’aller à Paris demander l’aide de son vieil ennemi Charles, qui sera bientôt Martel…

Pendant ce temps, les Maures se divisent en plusieurs bandes pour se ravitailler plus aisément et continuer les pillages, bien que leur butin déjà considérable freine leur progression. L’une de ces bandes en profite pour détruire Périgueux, Saintes et Angoulême, future capitale de la bande dessinée et du pur Vélin éponyme. Puis elle traverse la Charente.

Abd ar-Rahman, quant à lui, arrive devant Poitiers, mais il est tout surpris d’en trouver les portes closes, et une population pour une fois prête à se défendre : il change alors son plan, pille la basilique Saint-Hilaire le Grand, y met le feu, et part attaquer Tours, en espérant, peut-être, y trouver les portes grandes ouvertes…

Charles, entre-temps, a réussi à rassembler une grande armée composée de ses Francs, des troupes d’Eudes, et de quelques tribus germaniques, Alamans, Bavarois, Saxons, Frisons. Devant cette armée nombreuse, Abd ar-Rahman arrête la sienne et décide d’attendre la coalition européenne à Moussais-la-Bataille.

Le 17 octobre 732, les troupes se font face et s’observent.

Le 25 octobre, les Maures attaquent les robustes soldats de Charles, cuirassés et aguerris. Vingt fois, ils montent à l’assaut, vingt fois ils sont repoussés. Puis la cavalerie de Charles attaque à son tour et les Maures refluent vers leur campement en subissant de très lourdes pertes. Abd ar-Rahman trouve la mort dans cette bataille.

Les fuyards survivants se réfugient en Septimanie, actuel Languedoc.

C’est Charlemagne (rappelons qu’il est petit-fils de Charles, bon sang ne saurait mentir) qui les en délogera : relire « La chanson de Roland », Durandal, Roncevaux, l’olifant, le traître Ganelon, etc.

A l’issue de cette victoire, le pape Grégoire III donne le titre de « roi très chrétien » à Charles et aux rois Francs qui lui succèderont. Et le surnom de ‘’Martel’’ lui est donné par ses pairs pour rendre honneur à son courage et à son outil de travail (en occitan ‘’Martel’’ signifie ‘’marteau’’, le ‘’marteau d'armes’’ étant aussi une arme de combat)

Le triomphe de Poitiers acheva de faire de Charles Martel le maître du royaume. Il en profita pour donner à ce royaume une solide organisation militaire. Jusqu'à présent, l'armée n'était composée que d’hommes libres, levés dans les comtés en temps de guerre. C'était une simple milice de fantassins, s'équipant à leurs frais, difficile à réunir, lente dans ses mouvements. Après Poitiers, Charles résolut de créer une cavalerie qui put se porter rapidement au-devant de l'ennemi et remplacer l'avantage du nombre par celui de la mobilité.

Pour atteindre ce but, il fallait créer une classe de guerriers possédant les ressources correspondant au rôle qu'on attendait d'eux. Il distribua des terres aux vassaux des maires de palais les plus compétents dans l’art de la guerre, bien que la guerre ne soit pas un art. Le cinéma, oui, la guerre, non. Il sécularisa, à cette fin, bon nombre de biens d'Église.

Chaque homme d'armes fut tenu d’élever un cheval de guerre et de fournir le service militaire à toute réquisition. Un serment de fidélité renforça encore ces obligations. Le vassal qui n'était au départ qu'un serviteur devint ainsi un soldat dont l'existence fut assurée par la possession d'un lopin de terre.

Ce fut la plus grande réforme militaire que l'Europe ait connue avant l'apparition des armées permanentes.

À la mort du roi Thierry IV (737), Charles, fort de son nouveau et immense pouvoir, décida de ne pas lui choisir de successeur, le rôle des monarques mérovingiens étant devenu totalement insignifiant. Il prit donc réellement les affaires du royaume franc en main, et régna ainsi en roi et en toute illégalité jusqu'à sa mort, en 741. Il alla ensuite se reposer en la basilique de Saint-Denis.

Mais avant de mourir, il eut le temps d’épouser : Rotrude en premières noces († 724), qui donna naissance à Carloman (710/754), maire du palais d'Austrasie de 741 à 747, et à Pépin le Bref (715 / 768), maire des palais de Bourgogne, de Neustrie et d'Austrasie, roi des Francs en 751 ;

Hiltrude, mariée en 741 à Odilon, duc de Bavière ; Alda, mariée à Théodoric, comte d'Autun ;

Il épousa ensuite Chrotais, probable cousine de la précédente, qui donna naissance à Bernard, abbé et comte de Saint-Quentin.

Il épousa encore, en 725, Swanahilde, qui donna naissance à : Griffon, comte du Mans.

Enfin, une concubine inconnue donna naissance à : Jérôme, abbé de Saint-Quentin, et Rémi, évêque de Rouen.

(On voit que Charles avait plus d’une flèche à son arc… et qu’il était aussi vaillant dans une chambre que sur un champ de bataille !)

À sa mort, son pouvoir fut partagé entre ses deux premiers fils :

Carloman obtint l'Austrasie, l'Alémanie et la Thuringe

Pépin le Bref obtint la Neustrie, la Bourgogne et la Provence. Pépin aura un fils, Charlemagne, mais ceci est une autre histoire… … et elle sera contée.

NB : Notre bataille de Poitiers, les Anglais l’appellent : la bataille de Tours… amusant, non ?

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