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Victor Hugo

Victor Hugo

Ma grande consolation, lorsque j’irai au paradis, sera de rencontrer mon héros Victor Hugo. Car lui, il y est assurément : toute sa vie, il s’est battu pour défendre la veuve, l’orpheline et l’ancien bagnard repenti.

Victor est né en 1802, tout le monde le sait, il le dit lui-même :

« Ce siècle avait 2 ans, Rome remplaçait Sparte,

« Déjà Napoléon perçait sous Bonaparte »… (Les feuilles d’automne)

Il est mort à Paris en 1885, et ces 83 années furent les plus pleines que l’on puisse imaginer.

Vivre autant de vies (écrivain, exilé, homme politique, humaniste, mari, père de famille, grand-père, amant…) prendrait des siècles à un personnage ordinaire…

Aujourd’hui, il repose au Panthéon après avoir eu, sous la troisième république, des funérailles nationales. Des funérailles comme n’en auront jamais BHL, Yann Moix ou Philippe Delerm. Ce qui ne les gêne momentanément pas, car pour avoir des funérailles nationales, il faut d’abord mourir…

Les copains de chambrée de Victor s’appellent, entre autres,

Soufflot, le premier architecte du monument,

Alexandre Dumas, celui des Trois Mousquetaires, le père donc,

André Malraux, écrivain et premier ministre de la culture ;

Jean Jacques Rousseau, écrivain humaniste,

Voltaire, écrivain moqueur,

Emile Zola, écrivain accusateur,

Et Braille, qui donna la lecture aux aveugles – pardon, aux mal voyants, et leur permit, de ce fait, de lire ses œuvres !

Les voisins et voisines qu’on lui a ajoutés récemment ne troublent pas son sommeil. Du moins on l’espère.

Victor - que l’on me pardonne si je le nomme par son petit nom – est à mon avis le plus grand porte plume de tous les temps. Aucune, absolument aucune autre œuvre littéraire ne peut se comparer à la sienne. Il suffit de poser la question « quels sont les personnages les plus célèbres de la littérature française ? » ; les réponses, invariablement, iront de Jean Valjean à Gavroche, de Thénardier à Cosette, de l’inspecteur Javert à Quasimodo, sautant allègrement d’une œuvre à l’autre ; on n’oubliera pas Esmeralda (ce nom veut dire émeraude) ni le beau capitaine Phoebus. Les plus érudits d’entre nous nommeront également Athos, Portos, Aramis et le Comte de Monte Cristo, le commissaire San Antonio et Bibi Fricotin.

Et puisque je viens de citer Quasimodo et Esmeralda, le lecteur me pardonnera une fois de plus si je m’attarde sur une œuvre mal comprise, NOTRE DAME DE PARIS, 1482. On dit souvent que c’est une historiette pour mineurs de 14/15 ans. Les profs la donnaient à lire à leurs ouailles lorsque l’on respectait encore les profs ; et les ouailles de 14/15 ans parcouraient les 700 pages du bouquin en s’attardant sur les passages les plus ‘’dynamiques’’ : la cour des miracles, la jolie Esmeralda, la fête des fous, Claude Frollo, l’archidiacre de Notre Dame amoureux de la bohémienne, le beau capitaine Phœbus, dragueur impénitent, le procès de Quasimodo (un sommet d’humour… anglais !), le Trou aux Rats, l’attaque de la cathédrale par 6 000 ( !!!) truands, le gibet de Montfaucon… c’est passer rapidement sur d’autres sommets littéraires tels que le livre troisième consacré à Notre Dame et à Paris tel qu’il était en 1482, le chapitre 2 du livre cinquième « Ceci tuera cela », ou encore le premier essai de politique fiction, livre dixième chapitre cinq, « Le réduit ou dit ses heures Monsieur Louis de France ». Monsieur Louis de France, entendez le roi Louis XI, le lecteur l’aura compris, puisque l’histoire se passe en 1482.

Anecdote : il m’est difficile de parler de cette œuvre majeure sans revenir sur un point de détail souvent ignoré, et qui est en fait beaucoup plus qu’un point de détail.

Pendant la révolution, Notre Dame fut mutilée, l’église fut pillée, le trésor envoyé à la fonte pour faire des canons, tandis que le flambeau de la liberté brûlait sur le maître hôtel. Puis Notre Dame, jugée dangereuse, fut mise en adjudication par la Convention Nationale aux fins de démolition. Mais le 9 thermidor an II (27 juillet 1794) intervint.

NB : le 9 thermidor, Maximilien Robespierre, son frère Augustin, Saint-Just, Couthon etc. sont arrêtés, ils seront guillotinés le lendemain, la Convention Nationale n’est plus, le Comité de Salut Public et le Comité de Sûreté sont dissous. L’adjudication n’étant pas définitive, Notre Dame ne fut pas démolie. Elle restait dangereuse mais on l’oublia. Tant d’autres problèmes restaient à régler…

Puis vint cette fameuse année, 1802.

Les français ne réalisèrent pas tout de suite que Victor Hugo venait de naître…

1831 : Victor, qui travaille sur NOTRE DAME DE PARIS depuis deux ans et demi, publie son bouquin : il a 29 ans.

C’est un succès phénoménal ! On se souvient alors que la cathédrale est en sursis. On l’avait oubliée. On reparle de sa démolition.

Un élan immense rassemble alors tous les français, et comme aujourd’hui pour le Téléthon, ils mettent tous la main à la poche. 2 500 000 francs sont récoltés, somme énorme pour l’époque, puisqu’elle suffit à restaurer Notre Dame en sursis, et à l’arracher des mains des démolisseurs !

Histoire fantastique, inouïe, d’un gamin de 29 ans qui, sans le savoir, sauva la cathédrale !

Restons un peu, si le lecteur m’y autorise, dans le cœur du roman : voyons de plus près, en les sortant hélas de leur contexte, quelques mots du grand Victor. Commençons par saluer l’imagination (et le travail de recherche) de l’auteur en revenant sur quelques noms des personnages de ce roman :

Les truands et truandes : Bellevigne de l’Etoile, Clopin Trouillefou, Andry–le-Rouge, Francois Chanteprune, Colette la Charonne, Elisabeth Trouvain, Simone Jodouyne, Marie Piedebou, Thonne-la-Longue, Benarde Fanouel, Claude Ronge-Oreille, Isabeau-la-Thierrye, Mathurine Girorou, Oudarde Musnier…

Quelques comparaisons intéressantes :

Parlant de Notre Dame sans Quasimodo : (Elle était) comme un crâne ou il y a encore des trous pour les yeux, mais plus de regard. IV, 3

… du ton gracieux d’un dogue affamé qu’on dérange de son os, V, 1

… avec le regard troublé d’un oiseau qui cède à la fascination d’un serpent. VII, 1

J’ai été aussi sot qu’un âne devant un tourne broche. VII, 1

… avec la grimace ambiguë d’un poète qui cherche une rime… VIII, 2

… Fâché et content comme un chien qu’on lapiderait avec des os à moelle. X, 2

Quelques remarques judicieuses :

Les mères aiment souvent mieux l’enfant qui les a fait le plus souffrir. IV, 3

Toute bouche de savant qui complimente un autre savant est un vase de fiel emmiellé. V, 1

Les petites choses viennent à bout des grandes, le rat du Nil tue le crocodile, l’espadon tue la baleine, le livre tuera l’édifice. V, 1

Fille qui aime à rire s’achemine à pleurer. Les belles dents perdent les beaux yeux. VI, 3

Les instincts des femmes se comprennent plus vite que les intelligences des hommes. VII, 1

Pour une mère qui a perdu son enfant, c’est toujours le premier jour. Cette douleur-là ne vieillit pas. VIII, V

Le cœur humain ne peut contenir qu’une certaine quantité de désespoir. IX, 5

La mémoire est la tourmenteuse des jaloux. IX, 5

Qu’est-ce que la mort ? C’est le passage de peu de chose à rien. X, 1

La façon de le dire :

Il y a certaines choses dont je pense d’une certaine façon. V, 1

Elle en redevint belle. Vieille fille fait jeune mère. VI, 3

Elle avait dans les yeux un feu qui séchait ses larmes. VI, 3

Pourquoi le monde songerait-il à moi, qui ne songe pas à lui ? A charbon éteint, cendre froide. VI, 3

Corne de bœuf ! Voilà de la pitié aussi bien placée qu’une plume au cul d’un porc ! Je veux bien être ventru comme un pape si… (Capitaine Phœbus, se prenant pour le capitaine Haddock) VII, 1

La malheureuse poussa un de ces cris horribles qui n’ont d’orthographe dans aucune langue humaine. VIII, 2

Le lendemain matin, elle s’aperçut en s’éveillant qu’elle avait dormi. IX, 3

J’ai le bonheur de passer toutes mes journées du matin au soir avec un homme de génie qui est moi et c’est fort agréable. X, 1

Enfin, Victor, parlant d’Esmeralda :

Une créature si belle que Dieu l’eût préférée à la Vierge, et l’eût choisie pour sa mère, et eût voulu naître d’elle si elle eût existée quand Il se fit homme. VIII, IV

Ceux qui aiment les mots apprécieront cette histoire racontée par une paysanne rémoise :

« En 66, il y aura 16 ans ce mois-ci à la sainte Paule, Paquette accoucha d’une petite fille. « La malheureuse ! Elle eut une grande joie. Elle désirait un enfant depuis longtemps. Sa « mère, bonne femme qui n’avait jamais su que fermer les yeux, sa mère était morte. Paquette « n’avait plus rien à aimer au monde, plus rien qui l’aimât. Depuis 5 ans qu’elle avait failli, « c’était une pauvre créature. Elle était seule, seule dans cette vie, montrée au doigt, criée par « les rues, battue des sergents, moquée des petits garçons en guenille. Et puis, les 20 ans « étaient venus, et 20 ans, c’est la vieillesse pour les femmes amoureuses. La folie (la « prostitution) commençait à ne pas lui rapporter plus que la doreloterie autrefois ; pour une « ride qui venait, un écu s’en allait ; l’hiver lui redevenait dur, le bois se faisait derechef rare « dans son cendrier et le pain dans sa huche. Elle ne pouvait plus travailler parce qu’en « devenant voluptueuse, elle était devenue paresseuse, et elle souffrait beaucoup plus « parce qu’en devenant paresseuse, elle était devenue voluptueuse. C’est du moins comme « cela que monsieur le curé de saint Remy explique pourquoi ces femmes-là ont plus faim et « plus froid que d’autres pauvresses quand elles sont vieilles. »

Notre Dame de Paris, VI, 3

Enumérer toutes les œuvres du grand homme serait trop long pour un lecteur pressé, je vais donc citer (sans ordre chronologique ou alphabétique ou de préférence) celles qui selon moi mériteront d’être encore lues au vingt cinquième siècle - si la terre existe toujours:

Notre dame de Paris 1831

93 1874

Les travailleurs de la mer 1866

Les misérables 1861

L’homme qui rit 1869

La légende des siècles 1859

Hernani 1829

Et toujours selon mes goûts personnels, on peut ranger sur l’étagère la plus haute et la plus inaccessible de la bibliothèque :

Han d’Islande

Le dernier jour d’un condamné

Bug Jargal.

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