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Meena ou Le dernier roman

Ceci est l’histoire presque vraie de Meena.

Mais qui est Meena ?

Laissons au lecteur le soin de le découvrir.

De LA découvrir.

L’auteur lui-même la redécouvre à chaque lecture,

et chaque fois il retombe sous le charme de cet être,

moitié fille - moitié fille.

Mais qui est Meena ?

Meena est un garçon manqué mais une fille très réussie.

Elle est devenue plus femme que femme,

plus belle que belle :

La perfection est de ce monde.

L’auteur, qui a connu plusieurs de ces créatures borderline,

a pris le meilleur de chacune d’elles

et a fait naître Meena.

Meena n’est pas née de la foudre, comme Frankenstein,

mais de l’amour de la femme,

de l’amour de la beauté,

de l’amour de l’amour.

Meena existe, l’auteur les a rencontrées.

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Meena, roman partiellement autobiographique,

enfin disponible sur

edilivre.com.

sous le nom de son auteur Bruno Amouroux.

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Voici un extrait :

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Essayons de la décrire pour faire partager au lecteur l’émotion que ressent Jos en ce moment.

170 centimètres au bas mot, parfaitement répartis : des jambes qu’il n’est nul besoin d’allonger artificiellement avec des talons, et qui se terminent, en bas, par les plus jolis pieds depuis Eve et Adam, et en haut par deux hémisphères sur lesquels nous reviendrons. Elle a un mollet galbé qui ne ressemble en rien à une patte de héron, comme on voit chez tant de filles : avant elle, Jos ne savait pas qu’un mollet pouvait être beau. Ses cuisses, n’en parlons pas sous peine de la gêner. Ecartons les tout simplement. Un peu plus haut, une taille fine et un ventre de danseuse, c’est beau un ventre de femme quand la femme est neuve… ses cheveux, châtain clair, légèrement bouclés, lui tombent sur les épaules et arrivent à hauteur de sa poitrine dont ils cachent la naissance : dommage ! Alors, on imagine : seins petits et ronds, parfaits, des seins qui n’ont pas besoin de soutien gorge ; pourtant, elle en porte un ; cette fille est pudique.

Tout ceci, c’est ce que voit Jos, de loin, de l’autre coté de la piscine.

La fille anonyme nage, elle s’approche fatalement de Jos car ce n’est pas une piscine olympique. Celui-ci vainc sa timidité de banlieusard et hasarde un :

  • Sawat dee Krap.

Il rougit légèrement, et puisqu’il a honte de rougir, il devient pivoine.

Elle arrête de nager et répond poliment :

  • Sawat dee Kaaa, avant d’ajouter :
  • Do you speak thaï ?

Non il ne parle pas le thaï, mais il l’invite à boire un café ou autre chose en sa compagnie et en anglais. La fille remercie, commande un thé glacé et lui dit :

  • Vous ne devriez pas rester ainsi au soleil, vous êtes en train de brûler.

C’est une façon de parler : il n’y a plus de soleil… elle a vu un Jos cramoisi, et toutes les filles sont fières du trouble qu’elles provoquent chez les hommes.

Sans abandonner sa teinte pivoine, il se présente :

  • My name is Jos, dit-il en lui tendant la main, comme avait fait James Bond rencontrant Ursula Andress.
  • Happy to meet you, Jos, my name is Meena

De loin, Meena était déjà la plus belle fille dont on puisse rêver. Sa place était au musée du Louvre, entre Mona Lisa et la fameuse Vénus grecque.

Mais de près, c’est pire : Jos est au bord des larmes : trop de beauté bouleverse.

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Extrait :

En boite de nuit, Meena danse... réincarnation de Salomé et de Mata Hari :

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Maintenant, elle ferme les yeux et se laisse envahir par la musique pourtant banale. Avec la transpiration, il fait plus de trente degrés, son chemisier lui colle à la peau, laissant apercevoir (cette fois) l’absence de soutien gorge : impossible de ne pas regarder… spectacle touchant car deux petits boutons roses pointent derrière ce chemisier blanc, transparent mais pas assez : Meena offre sa beauté à tout le monde, mais avec parcimonie...

Elle retire la broche qui emprisonnait ses cheveux et se secoue la tête comme un chien sortant d’une piscine ; ses longs cheveux l’auréolent d’un coup, encadrant un visage de sainte sur un corps d’esclave insoumise ; elle danse pour son plaisir, et celui des quelques garçons qui la voient et vont s’asseoir pour mieux l’admirer.

Jos en fait autant, il quitte la piste et commande deux Baccardi.

Pour bien montrer à d’éventuels admirateurs que ‘’non, pas ce soir, je suis avec quelqu’un’’, elle le rejoint, pose la main sur sa cuisse, et lui sourit de ce sourire que la Joconde accorda à son amant, dit-on ; elle boit une gorgée et retourne sur la piste.

La musique a changé. Plus rapide. Plus sauvage. Plus sexe. La danse change donc aussi : Meena se laisse porter par elle ; peu à peu, elle danse plus vite, elle accélère le rythme et la désarticulation, elle se déchaîne, explose, subtil mélange de Mata Hari et de Beyonce, Jos n’a jamais rien vu de tel ! Devant ce volcan en éruption, ce sont les filles, maintenant, qui vont se rasseoir, elles ne veulent pas être comparées à CA, à Meena, plus belle, plus grande, plus sexy, plus érotique, plus sensuelle, Meena plus tout, Meena incroyable, incomparable, immense, rayonnante, feu d’artifice royal…

Non, personne n’a jamais rien vu de tel, surtout Jos, de Viry Châtillon, qui ne savait même pas que cela pouvait exister… il faut dire que dans sa banlieue, là-bas, on ne connaît pas non plus Shakira, on n’a pas dépassé Patricia Kaas.

Enfin, Meena, trempée, regagne sa place. Les touristes applaudissent tous, vite réprimandés par leur petite amie intérimaire ; les filles n’aiment pas que les compliments aillent vers d’autres filles. Aucune ne veut entendre des propos du type « Natalia Vodianova est magnifique », non, ça, elles ne veulent pas. Surtout si Natalia est dans la chambre. Mais elles ne se lassent pas de ces douces musiques : « ma chérie, quand je suis avec toi, personne d’autre n’existe » ; « tu es mon unique univers » ; « nulle femme au monde ne saurait t’être comparée » ; etc.

Elles acceptent que l’on dise « Brigitte Bardot était belle ». Elles acceptent même « … était extraordinairement belle » car on en parle au passé et ce passé les rassure. On peut parler devant elles de l’immense beauté de Cléopâtre, de celle de Gabrielle d’Estrées ou encore de la divine Greta Garbo qui aurait 110 ans aujourd’hui.

(Notons ici que les compliments faits aux femmes ne concernent jamais que leur beauté)

Ce qu’elles ne supportent pas, c’est la comparaison lorsque celle-ci ne tourne pas à leur avantage - avantage qui s’estompe lentement, avec les années, car elles ne se voient pas vieillir et se croient à quarante ans comme elles étaient à quinze…

Hélas, inévitablement, un matin, la femme se réveille, vieille… alors, elle cherche parmi ses connaissances des amies du même âge sur lesquelles la nature a fait son oeuvre maléfique, et, pathétique, quémande le compliment, compliment qui ne viendra plus, ou bien sous forme de mensonge : « tu es bien mieux qu’elle » ou « mais non voyons, tu es encore très belle ».

Oui mais voilà, le mensonge a aussi ses limites : il eut fallu ôter le mot « encore » ; que l’on se penche sur ces deux affirmations, « tu es ENCORE très belle » et « tu ES très belle », on mesure mieux le venin contenu dans cet adverbe.

De plus, il ne faut pas oublier qu’on est jolie à vingt ans, belle à trente ans… ensuite, on est « mieux », seulement « mieux » ; et ces femmes, que l’on a aimées, gloussent en entendant ce chant funèbre ; elles ignorent que quand on est « mieux », c’est qu’on a cessé d’être « bien ».

Il est des compliments qui ressemblent à des enterrements.

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un autre extrait : a la sortie d'un show, on fait des rencontres...

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La vie avec les lady boys est simple. Elles ne connaissent pas le latin, pourtant, avec elles, c’est CARPE DIEM tous les jours. Elles ont faim ? Elles mangent. Elles ont sommeil ? Elles dorment. Elles ont d’autres envies, plus inavouables ? Elles les avouent et y succombent avec plaisir.

Toutes.

Mais il convient de distinguer celles qui sont déjà des femmes et celles qui le seront, plus tard ; celles qui portent le string comme des tigresses, fières, arrogantes, infidèles, et celles qui portent des culottes de grand-mère, et qui baissent parfois les yeux.

Quant aux hommes, il en est qui n’aiment ni l’attitude impudique des ‘’vraies femmes’’, ni le petit morceau de viande qui sert de fève lors de l’Epiphanie, quand on tire les reines et les rois en découpant la galette. Ils voudraient sortir avec ces créatures de l’autre monde, mais ils ont honte. Le qu’en-dira-t-on est vivace chez les faibles.

Un soir, un quidam entre deux âges, attiré par les néons et les rires qui fusent du cabaret, vient voir le show. Comme tous les touristes, il n’a jamais rien vu de tel, aussi drôle, aussi dévergondé, et aussi bon enfant. Les travestis ne se prennent pas au sérieux, ou alors, ils font bien semblant.

Le quidam est secoué : il a lu dans le Guide du Routier que ce genre de spectacle ne regroupait que des imitations de femmes. Il est perplexe. Il s’est mis au premier rang, et essaie de voir ce qui n’est pas montré. Il frise le torticolis et le ridicule, mais l’un comme l’autre ne tue pas – et le ridicule fait moins mal. Alors, il mate à mort, le petit père entre deux âges…

A la sortie, il prend une bière locale, une Singha, et poursuit son travail d’investigation : il écoute.

On parle français, pas loin… il s’approche et dit :

  • Vous êtes français ?
  • Oui, un peu…
  • Vous buvez quelque chose ?
  • Oui !

Après une telle entrée en matière, il engage la discussion, et donne quartier libre à sa curiosité en affirmant tout d’abord :

  • Les travestis et les homosexuels, finalement, c’est pareil !
  • Ah non ! dit Jos qui a déjà fait la leçon à Frankie.
  • Ben si ! C’est des hommes qui couchent avec des hommes !

C’est ce que disait Frankie il y a peu. Mais Jos, nouvellement promu spécialiste ès travestis, se fait un devoir de donner à son compatriote quelques notions d’humanité :

  • Oui, mais les homos sont des hommes qui aiment les hommes qui aiment les hommes, alors que les travestis sont des hommes qui aiment les hommes qui aiment les femmes !

Le quidam, qui s’appelle Michel, prend le temps de réfléchir. Il n’a pas compris la nuance car il dit :

  • Oui, c’est pas faux.

Mais sa curiosité n’est pas satisfaite. Il revient à la charge en disant :

  • Mais quand même… et ne finit pas sa phrase pourtant bien commencée…

Jos, ce soir-là, a bu deux bières et un Baccardi, il attaque le second gracieusement offert par Michel, ce qui le rend loquace et professoral. Frankie voudrait intervenir mais il n’a pas le droit d’aînesse. Et puis, Meena vient de s’asseoir sur les genoux de son gourou personnel, ce qui augmente l’autorité de celui-ci. Vous ferez toujours plus d’envieux avec une belle femme sur vos genoux qu’avec cent cinquante numéros de téléphone dans votre carnet d’adresses ou dans votre portable.

  • Observe-les mieux, dit Jos, qui tutoie facilement les gens qui lui offrent un Baccardi : tu verras que jamais un travesti ne part avec un homo, et réciproquement. Pour un homo, un travesti c’est le comble de l’horreur, ce n’est plus un homme et ce ne sera jamais une femme !
  • Ah oui ?
  • Oui ! Et pour un travesti, un homo est un être sans intérêt puisqu’il est efféminé. Le trav veut être pris comme un mec prend une femme. Avec une pointe de machisme, et une once de délicatesse.
  • Ah oui ?
  • Oui ! Pour un homo, un trav n’est qu’un copain, jamais un amant. L’homo veut les attributs d’un homme, ceux-là même que son coreligionnaire met un point d’honneur à couper ou à cacher, ou à oublier.
  • Oui, ça, c’est pas faux, admet Michel, heureux d’avoir pigé.
  • … Alors que tu ne verras jamais un homo se faire couper les choses ! Ça fait quand même une grosse différence, ça, non ?

Michel, qui a de l’humour, écarte ses mains de seize centimètres et dit :

  • Une grosse différence, je dirais pas ça…

Nous avons vu qu’en certaines circonstances, le langage des mains est accessible à tous. Meena a vu le geste et bien qu’elle sache la réponse, demande, faussement naïve, en écartant ses mains à l’identique :

  • C’est quoi, ça ?

… et elle éclate de rire. Seize centimètres, ça ne lui suffirait pas. Jos éclate de la même chose, suivi de Frankie, suivi de Michel.

  • Elle parle français, ta copine ?
  • Oui, quand elle veut…
  • Elle est magnifique ! Dis-moi, ça ne la gène pas de voir un show de travestis ?

Meena fait non de la tête ; elle n’a pas compris les mots mais elle a compris le ton.

  • Encore une question, dit Michel, gêné devant Meena : les travestis, ils sont tous opérés, ici ?
  • Non, pas tous… c’est cher, un chirurgien… elles attendent toutes le mécène, ou le Pygmalion, ce que tu préfères…

Michel se jette à l’eau, comme on dit, il prend son courage à deux mains, comme on dit, et demande, en souhaitant à part soi que Meena ne comprenne pas :

  • Dis-moi une dernière chose… Joséphine Baker, elle est opérée ?

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