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Madame de Maintenon

Ce mois-ci, un joli conte de Noël. En plus, c’est une histoire vraie : celle de Françoise d’Aubigné, veuve Scarron, marquise de Maintenon et Madame Louis XIV

Partir de peu de choses pour n’arriver à rien est d’une affligeante banalité. Cela arrive à tant de gens…

Mais partir de moins que rien et devenir reine de France, voilà un destin exceptionnel qui mérite bien trois pages dans votre revue préférée…

Françoise d’Aubigné naît en 1635 à la prison de Niort. Son père, Constant d’Aubigné, y est incarcéré. Le fils du célèbre Agrippa d’Aubigné ne ressemble pas à son auguste papa, grand ami du roi Henri IV. Constant est en séjour longue durée pour avoir tué sa première épouse et l’amant de celle-ci. Cela se passe en 1619, il y a presque 400 ans ; en ce temps-la, déjà, on n’a pas le droit de tuer son épouse. Même si elle le mérite…

Pourtant, lui-même menait une vie de débauche dans son château de Maillezais, légué par son père. Il aurait pu mener une vie ‘’honnête’’ de par sa naissance : il est chevalier, seigneur des Landes-Guinemer, baron de Surimeau, écuyer de la Petite-Ecurie, gouverneur de Maillezais et gentilhomme de la chambre du roi. Jolie carte de visite, n’est-ce pas ?

Cependant, il se livre à la débauche et assassine sa femme qui fait comme lui… voilà pourquoi il croupit en prison. Il y fait la connaissance d’Isabelle Jeanne de Cardilhac, il l’épouse en 1627, lui fait trois enfants, dont Françoise, la petite dernière, qui naîtra en 1635.

Constant, lui, sera libéré en 1642 à la mort de Richelieu, et en 1645, il partira chercher fortune aux Antilles (Martinique, Marie Galante, Saint Christophe). N’aimant pas le climat martiniquais, il abandonne femme et enfants et rentre en France, simplement accompagné de son valet. Constant est vraiment constant dans l’indélicatesse…

Deux ans plus tard, en 1647, Isabelle Jeanne de Cardilhac embarque avec ses trois enfants dans un bateau en partance pour La Rochelle. De santé fragile, elle y meurt la même année, ainsi que son inconstant de Constant. Françoise, orpheline, est recueillie par sa marraine Madame de Neuillant, amie d’Anne d’Autriche, veuve du roi Louis XIII. Elle a douze ans. Sa tutrice la place au couvent des Ursulines de la rue Saint-Jacques à Paris. Ayant définitivement abjuré sa foi calviniste, sa marraine lui fait fréquenter les salons parisiens. C’est là qu’elle fait la connaissance du chevalier de Méré qui se prend d’affection pour elle, l’appelle sa « belle indienne » et lui présente son futur mari, le poète Scarron.

En 1652, elle a 17 ans, elle accepte d’épouser Paul Scarron, 42 ans, gravement handicapé, presque grabataire, « tordu comme un Z, les genoux rentrés dans l’estomac, la tête penchée sur l’épaule droite qu’il ne pouvait redresser, les bras immobiles jusqu’au poignet ; il ne se déplace qu’à l’aide de son fauteuil roulant. Il prend de fortes quantités d’opium qui ne soulagent pas son martyre », dit un historien de l’époque. Mais il est l’ami de nombreux artistes, il tient un salon fréquenté par les noms les plus prestigieux de l’époque. Ne nous y trompons pas, l’argument décisif pour ce mariage est certainement le montant de la pension, garanti par contrat : vingt-quatre mille livres annuelles... somme très conséquente au dix septième siècle.

Plus tard, Victor Hugo dira « Les femmes épouseraient le diable riche »

Madame Scarron devient l’animatrice du salon de celui qui est désormais son mari. Elle s’y fait des relations impressionnantes : Françoise Athénaïs de Montespan et Bonne d'Heudicourt, toutes deux nièces du maréchal d'Albret, Madame de La Fayette, Madame de Sévigné, Ninon de Lenclos, à qui l’on ‘’prête’’ plus de cinq mille amants, dont Jean Baptiste Poquelin dit Molière…

Françoise d’Aubigné alias Madame Scarron a vingt cinq ans lorsque son vieux mari décède en lui léguant toutes ses dettes : adieu vingt quatre mille livres annuelles, la mort du vieux poète a rompu le contrat de mariage. Une fois de plus, notre Françoise touche la misère du doigt.

Mais une fée veille sur elle : Anne d’Autriche lui accorde une pension de deux mille livres.

Puis Anne d’Autriche meurt à son tour : adieu pension ? Non ! Car sa bonne fée veille toujours ! Madame de Montespan (qui deviendra la favorite de Louis XIV dans six ans) intervient auprès d’Henriette, duchesse d’Orléans, qui fait rétablir la pension.

Plus tard, en 1669, la même Madame de Montespan, qui donnera sept enfants au roi Soleil, pensera encore à elle pour devenir la gouvernante des bâtards royaux. La veuve Scarron, qui aime les enfants, accepte cette place très honorifique. Elle s’installe dans un grand hôtel particulier du village de Vaugirard, ou elle s’occupe des enfants dans la plus grande discrétion. Elle acquiert vite une réputation de femme dévote et pieuse.

C’est dans ce village que, pour la première fois, elle rencontre le roi qui visite sa progéniture. Celui-ci aime beaucoup ses enfants adultérins, et il remarque, lors de la mort de sa fille aînée âgée de trois ans, le chagrin sincère de leur gouvernante, « douleur plus vive que celle de Madame de Montespan ». Il confie à un proche, parlant de Madame veuve Scarron : « Comme elle sait bien aimer… il y aurait du plaisir à être aimé d’elle »

La Montespan voit cette inclination royale à travers le prisme de la jalousie. Elle la pousse à démissionner, mais le roi lui demande de rester et lui fait don d’une gratification de cent mille écus. Françoise reste…

Elle fait fructifier cet argent et acquiert, en 1674, le château et le titre de Maintenon. C’était un marquisat. Elle devient donc Marquise de Maintenon.

Et la roue tourne, dans le bon sens pour la nouvelle marquise : Madame de Montespan, ancienne favorite, est compromise dans l’affaire des poisons ; Mademoiselle de Fontanges, dernière favorite du roi, meurt en couches ; Marie Thérèse d’Autriche, épouse légitime du roi, a la bonne idée de mourir elle aussi. Il n’y a plus personne entre Françoise et Louis…

Louis, éternel amoureux, a besoin d’une femme qui saurait l’aimer. Comme tous les hommes, il a besoin de tendresse. Cela fait longtemps qu’il regarde la gouvernante de ses enfants avec l’œil attendri d’un père ; il est las d’être un amant, il voudrait être enfin un mari. D’ailleurs, celle qu’il voit avec les yeux de l’amour, les courtisans, avec beaucoup d’esprit, l’appellent « Madame de maintenant »…

… Et dans la nuit du 9 au 10 octobre 1683, Françoise d'Aubigné, veuve Scarron, âgée de quarante-huit ans, épouse secrètement le roi de France, « le plus grand roi du monde » selon Louvois. Il ne le sait pas, mais il règnera encore trente trois ans sur la France… et Françoise règnera trente trois ans sur le cœur du roi.

L’épouse secrète du roi change lentement les habitudes de la cour. On entre dans une ère de dévotion et d’austérité. En langage clair, les courtisans ne sautent plus les soubrettes derrière les rideaux. En 1685, elle incite le roi à révoquer l’édit de Nantes en vue d’inciter les protestants à se convertir à la « vraie religion ». Cela fait que les protestants, les courtisans qui aimaient se cacher derrière les rideaux, les faux dévots et les adversaires de l’austérité ne l’aiment guère. Même la duchesse d’Orléans, qui avait fait rétablir sa pension en 1662, regretta le temps ou l’on se divertissait à la cour « plus que sous le règne de Madame de Maintenon ».

En 1686, elle fonde, à Saint-Cyr, la maison royale de Saint-Louis, destinée à l’éducation des jeunes filles pauvres de la noblesse.

C’est là qu’elle se retire en 1715, trois jours avant la mort du roi. Elle y recevra la visite du tsar Pierre le Grand, « venu voir tout ce qui en valait la peine en France ».

Aujourd’hui, le tsar irait voir la Tour Eiffel… Françoise d’Aubigné, veuve Scarron, marquise de Maintenon et Madame Louis XIV s’éteint dans son école royale pour jeunes filles nobles et désargentées le 15 avril 1719.

Elle était née dans une prison…

Bruno Amouroux a publié deux romans disponibles sur EDILIVRE.COM :

DELIVREZ-NOUS DU MAL, et MEENA ou LE DERNIER ROMAN.

Dans le premier, il fait l’apologie d’un tueur en série.

Dans le second, il entraîne le lecteur dans le monde étrange et mal connu des ladyboys.

Dans un troisième roman qui paraîtra en 2016, il traitera d’un sujet tabou dont la société n’ose pas encore parler. Mais elle évolue, la société, et bientôt, elle jettera aux orties son « politiquement correct » qui est la pire des formes que revêt l’hypocrisie.

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